Embauche réussie d’une personne handicapée déficiente visuelle
Exemple de bonnes pratiques
Témoignage de M. Victorien CANDELE assistant administratif chez Action et Compétence
« L’Agefiph, au travers des dispositifs qu’elle finance et des aides apportées aux personnes handicapées et aux employeurs, a le souci de s‘assurer que chaque type de handicap trouve une solution et que les freins à l’emploi puissent être levés. La déficience visuelle, qui peut être de naissance ou acquise suite à une maladie ou un traumatisme, se traduit par une diminution, une transformation ou une perte de la vue. (ex. champ de vision rétréci ou entrecoupé, vision réduite en forte luminosité …). De par l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement des populations, on estime que le nombre de déficients visuels aura doublé dans les 25 prochaines années (sources OMS). Ainsi, au travers des services des réseaux Cap emploi et Sameth, des aides et prestations spécifiques pour la compensation du handicap sont mobilisables et visent à rendre pérenne l’insertion professionnelle des personnes handicapées, dont la déficience nécessite une prise en compte particulière. »
Agnès Gerber – Directrice d’Action et Compétence
Monsieur CANDELE, pouvez-vous nous parler de votre parcours avant de décrocher un poste d’assistant administratif /standardiste ?
J’ai passé un bac général en économie sociale au lycée Lambert à Mulhouse. Les professeurs avaient été sensibilisés à mon handicap par l’association Le Phare . Avant chaque rentrée scolaire, les professeurs me fournissaient les manuels scolaires afin que le Phare puisse procéder à leur retranscription en braille. Je pouvais prendre des notes via mon bloc note braille prêté à l’époque par Handiscol. Après le bac, j’ai choisi de suivre un BTS « assistant de direction » au lycée Schweizer à Mulhouse. J’ai entrepris de faire mon stage de 2ème année chez Action Compétence, association pour l’insertion des personnes handicapées.
Comment s’est déroulée votre recherche d’emploi ?
A la sortie de ma formation, je me suis inscris à Pôle Emploi qui m’a proposé un accompagnement avec le Cap emploi . Parallèlement, j’ai eu la chance d’être recontacté par Mme GERBER, directrice d’Action et Compétence (A&C) où j’ai pu obtenir par première immersion sur le marché de l’emploi dans le cadre d’un CDD comme standardiste.
Pour rendre accessible ce poste, l’association a mis en place une étude de poste interne afin d’étudier l’accessibilité au poste de travail. L’aménagement consistait dans l’acquisition d’une plage braille afin de pouvoir saisir des données sur l’ordinateur. Ainsi, l’association a mobilisé l’aide au financement de l’adaptation des situations de travail dans le cadre de l’aide à la compensation du handicap pour les déficients visuels financée par l’Agefiph. Par la suite, Cap emploi m’a positionné sur une offre d’assistant d’animation en CDD au sein de l’association l’APA, poste sur lequel j’ai été retenu. Je m’occupais du secteur sud Alsace et je travaillais pour la Maison du Temps Libre qui propose des activités de loisirs pour les personnes âgées.
Comment s’est déroulé votre entretien d’embauche à l’APA, notamment au regard de votre reconnaissance de travailleur handicapé ?
En termes d’aménagement, il n’y a pas eu de soucis car j’étais toujours en possession du matériel financé par l’Agefiph suite à mon poste de standardiste chez A&C. L’entretien s’est bien déroulé et l’employeur a été rassuré par mes réponses. Je me représentais correctement le poste et je pouvais définir la manière de réaliser les activités demandées.
Le fait d’arriver avec mon matériel a été décisif pour ma sélection. L’association m’a fait confiance, c’était un poste dans lequel j’étais autonome. Malheureusement, étant une association, ils n’ont pas obtenu le budget pour un poste supplémentaire.
Comment avez-vous rebondit suite à cette fin de CDD ?
Après quelques mois de recherches infructueuses, nous avions décidé avec ma conseillère de Cap Emploi de ne pas notifier sur mon CV que j’étais non voyant. C’est à cette période que j’ai décroché des entretiens. Une fois sur place, les employeurs s’apercevaient de ma déficience visuelle. Les questions étaient souvent orientées sur ma manière de réaliser les tâches qu’on était susceptible de me confier. Dans ces situations, je proposais de prendre le poste sur une période d’essai afin d’approfondir et de rechercher ce qui pouvait se faire en termes d’aménagement de poste. Malgré le fait que j’évoquais l’aide de Cap emploi et les aides de l’Agefiph qui pouvaient aider/accompagner dans les aménagements, je sentais la réticence de certains employeurs quant à mon opérationnalité immédiate.
Puis j’ai à nouveau croisé Agnès GERBER, Directrice d’A&C, qui m’a informé qu’ils recherchaient quelqu’un pour un poste d’assistant administratif.
Aujourd’hui, j’occupe un poste d’assistant administratif pour seconder l’équipe mulhousienne du service Cap emploi sur 2 jours ½ par semaine et l’autre moitié de mon temps de travail consiste à assurer l’accueil physique et téléphonique au siège social d’A&C pour le service Cap emploi à Colmar.
Au vu de la pluralité des tâches demandées, il a fallu réétudier l’accessibilité du poste de travail. En effet, le premier travail a été d’étudier la faisabilité du poste de travail. Ma responsable a pris contact avec le réseau pour tester une synthèse vocale sur le logiciel interne d’A&C, Parcours H. Le constat n’a pas été positif. Mon employeur ne s’est pas arrêté à cette expérience et a contacté l’institut polytechnique de Sophia Antipolis afin de voir dans quelle mesure le logiciel pouvait être rendu accessible à des personnes déficientes visuelles. La mise au point a pris un an. Une fois assuré de la faisabilité de l’aménagement, mon employeur a bénéficié d’une Prestation Ponctuelle Spécifique (PPS) auprès d’un prestataire de l’Agefiph pour être accompagné dans le choix du matériel à acquérir. L’Institut le Phare à Illzach est mandaté par l’Agefiph en région Alsace pour être le prestataire spécifique sur la déficience visuelle. La prise en charge financière du matériel dans le cadre de l’aide prévue par l’Agefiph au titre de l’adaptation aux situations de travail a été importante. Le Phare m’a formé à la prise en main du logiciel, un travail en partenariat avec le prestataire informatique d’A&C, la société Leitwerk, a été effectué pour rendre compatible tout le système. Nous avons aussi travaillé à soulager mes déplacements professionnels, j’ai une valise sac à dos qui me permet de transporter mon matériel informatique d’un site à un autre afin que je puisse avoir les mains libre notamment pour tenir mon chien guide en laisse. Pour des tâches plus basiques comme le pliage de documents, un collègue ergonome a réfléchit à un gabarit. J’ai également un casque permettant de limiter le volume sonore de ma synthèse vocale pour ne pas perturber mes collègues.
Que retenez-vous de votre parcours ?
Je retiens les rencontres, les personnes qui m’ont fait confiance malgré mon handicap. Je souhaite aussi souligner le fait que mon parcours est semblable à celui d’autres jeunes de mon âge qui s’attaquent pour la première fois au marché du travail après l’obtention de leur diplôme. La différence par rapport à eux, c’est ma déficience. Celle-ci me donne un obstacle de plus à franchir pour convaincre certains employeurs. Pourtant, une fois l’aménagement réalisé, il n’y a pas de soucis, je suis une personne autonome tant sur le plan professionnel que dans ma vie privée. J’ai mon propre logement, mes propres loisirs, je fais de la compétition, je peux me déplacer en toute autonomie avec les transports en commun. J’ai appris à vivre avec ça et cela ne me perturbe pas. »
Propos recueillis par Aurélia GEHIN, consultante Alther68-67